Recours rejetésUne phrase de Macron n'interdit pas une manifestation
Sept recours contre l'annonce présidentielle ont été rejetés par le Conseil d'État. Ce n'est pas une victoire du gouvernement : pour le juge, cette annonce n'a tout simplement aucun effet juridique.
Une annonce après les violences du 17 octobre
La manifestation nationale du 17 octobre a été marquée par de graves violences à Paris, suivies de nouveaux incidents le lendemain. Le 22 octobre, à l'issue d'un conseil de sécurité, Emmanuel Macron recommande qu'il n'y ait pas de manifestation « dans les jours à venir ». Il annonce surtout que les manifestations qui ne sont pas organisées par des syndicats seront interdites par les préfets, et que celles des syndicats seront examinées « conformément au droit ».
« Ces propos ne révèlent pas l'existence d'une décision d'interdire toute manifestation, ni d'une instruction donnée en ce sens aux préfets. »
Conseil d'État, ordonnance du 23 octobre 2026
Sept recours en urgence
L'annonce provoque une vague de recours. La Ligue des droits de l'Homme, le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature, plusieurs associations et sept partis politiques saisissent le juge des référés du Conseil d'État. Ils utilisent le référé-liberté, la procédure d'urgence qui permet d'obtenir en 48 heures la suspension d'une décision portant une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Pas de décision, donc rien à suspendre
Le juge rappelle d'abord le principe : la liberté de manifester est une liberté fondamentale, et une interdiction « ne peut être prise qu'en dernier recours ». Puis il constate que la déclaration du Président n'est ni une décision ni une instruction aux préfets. Elle n'est donc « pas susceptible d'avoir par elle-même des effets sur l'exercice de la liberté de manifester ». Les recours sont rejetés sans même d'audience, parce qu'ils étaient manifestement voués à l'échec.
Ce que ça change pour les préfets
C'est le passage le plus important de l'ordonnance. Chaque préfet doit apprécier lui-même « la réalité et l'ampleur des risques de troubles à l'ordre public », manifestation par manifestation. Il ne peut pas justifier une interdiction « par la seule référence à la déclaration litigieuse ». Autrement dit, une interdiction générale des manifestations non syndicales serait illégale. Et chaque arrêté préfectoral d'interdiction pourra être attaqué, lui, devant le juge.
Retiens la leçon de contentieux administratif : on n'attaque pas des mots, on attaque des actes. Une déclaration politique ne fait pas grief tant qu'aucune mesure ne la traduit en droit.
Source : CE, ord. réf., 23 octobre 2026, n° 520729 et autres




